Par Emilie Torgemen
Le 6 janvier 2026 à 19h21
Président de l’Association des propriétaires d’appartements et de chalets du Haut-Plateau de Crans-Montana (APACH), Cedric Berger laisse échapper sa colère.
Rencontré deux jours après le drame, devant la chapelle ardente en hommage aux victimes de l’incendie meurtrier survenu la nuit du Nouvel-An à l’intérieur du Constellation, un bar de la station de ski suisse, cet avocat genevois souhaitait alors garder le silence. Ce n’est désormais plus tenable, alors que des rescapés se tournent vers lui pour réclamer que soient examinées les responsabilités, des propriétaires comme des autorités.
Les autorités reconnaissent ce lundi matin ne pas avoir contrôlé le bar Le Constellation depuis 2019, quelle est votre réaction ?
CÉDRIC BERGER. Bien que le temps soit encore au recueillement, il est impossible de retenir ma colère plus longtemps. Tout indique qu’il s’agit d’une catastrophe évitable. Les premiers éléments factuels sont désormais connus. Dans un sous-sol bondé, des cierges magiques ont enflammé un plafond recouvert de mousse acoustique inflammable. L’embrasement a été quasi instantané. L’évacuation, impossible. Comment les autorités ont-elles pu l’ignorer alors qu’en Valais, la loi sur la protection contre l’incendie et les éléments naturels (LPIEN) impose des contrôles périodiques stricts des établissements recevant du public. Usuellement des contrôles annuels. En tout cas, pas tous les six ans !
Il convient d’examiner les responsabilités. Il serait trop facile de les limiter aux seuls exploitants, même si leur rôle est central. Les propriétaires du « Constellation », Jacques et Jessica Moretti, auraient procédé à des travaux d’aménagement, notamment à l’installation d’une mousse acoustique en polyuréthane au plafond, non ignifugée, ce qui constitue une violation claire des directives et favorise un phénomène de flashover, avec dégagement rapide de fumées toxiques mortelles.
Les autorités communales et cantonales apparaissent lourdement impliquées par le blanc-seing donné aux exploitants. L’enquête devra déterminer si un dol éventuel (pire qu’une négligence, c’est avoir conscience du risque et le prendre) peut être retenu et, surtout, si des fonctionnaires ou des élus ont manqué à leurs devoirs en fermant les yeux.
Il y a la question des portes, aussi, il semble qu’elles ne s’ouvraient pas dans le sens de l’évacuation…
Certains éléments sont difficiles à vérifier quand il y a vice caché. Peut-être est-ce le cas de mousse de mauvaise qualité. Mais pas du sens d’ouverture des portes. Il y a là soit de l’incompétence, soit de la négligence. Avec des conséquences tragiques. Quel gâchis !